Léa Bismuth

curator | critique d'art

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MAELSTROM, Librement inspiré d'un Mal d'Archive de Jacques Derrida


Exposition des Félicités 2014 de l’ésam Caen/Cherbourg, Abbaye-aux-Dames, Caen



5 — 26 EVRIER 2015


Jonathan Daufresne-Latour, Alexandre Daull, Samantha Ferry, Jean-François Herpin, Salomé Pia, Jean-Charles Remicourt-Marie


« Toute plongée dans le passé est nécessairement une archéologie, une manière de creuser dans une antériorité stratifiée. De ce temps-là, comme de toutes choses, il reste des traces, certaines encore brûlantes, d’autres calcinées et enfouies sous les cendres. Pour construire ce projet d’exposition, nous avons tenté de nous inscrire dans une filiation littéraire et philosophique : dans le post-scriptum à Mal d’archive (1995), le philosophe Jacques Derrida revient sur la lecture qu’il a pu faire de l’œuvre de Freud, et en particulier Le délire et les rêves dans la Gradiva de W. Jensen (1907). Freud écrivit ce livre après la lecture de la nouvelle fictionnelle de Jensen (1903), dans laquelle un archéologue tombe amoureux d’une figure spectrale apparaissant dans les ruines de Pompéi, à l’heure de midi. Gradiva est le symbole d’un temps fantomatique, au deuil impossible. C’est bien d’un maelstrom dont il est question, un trou noir dans la durée historique, un gouffre temporel.

Que faire de ce qu’il y avait avant ? Devons-nous édifier une mémoire, et si oui, faut-il se plier à des règles régissant l’ordonnancement des traces ? Tel est le cœur de l’archive, mécanique sommée de choisir entre inventaire et effacement ; sélection et oubli ; conservation dans des boîtes normées et destruction par le feu. « Pour assurer la survie, il faut tuer. C’est ça l’archive, le mal d’archive », dira encore Derrida.

Ces artistes ont tous fait des propositions artistiques spécifiques à partir de ce thème. Ainsi, nous serons plongés dans les méandres d’une mémoire sans cesse remise en question, entre obscurité et lumière. Nous pourrons voir un film convoquant les fantômes (Jonathan Daufresne-Latour) ou une installation archéologique et vidéo (Samantha Ferry) ; tourner les pages d’une collection d’images (Salomé Pia) ou découvrir une archive fantasmée (Jean-Charles Remicourt-Marie)1 ; pendant qu’une machine s’emploiera à créer des traces archéologiques (Jean-François Herpin) et que le parcours sera jalonné d’indices visuels (Alexandre Daull). »

Léa Bismuth