Léa Bismuth

curator | critique d'art

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DOCUMENTS 1929-2015


URDLA - FOCUS RESONANCE BIENNALE DE LYON


5 SEPTEMBRE — 14 NOVEMBRE 2015


Giulia Andreani, Anne-Lise Broyer, Charlotte Charbonnel, Rebecca Digne, André S. Labarthe, Sandra Lorenzi, Anne Laure Sacriste, Claire Tabouret, Joao Vilhena


Documents est une revue avant-gardiste : entre 1929 et 1931, quinze numéros paraissent sous la houlette de Georges Bataille. Agressivement réaliste, la revue est une machine de guerre contre le surréalisme d’André Breton : contre le rêve, la bassesse ; contre la beauté, la transgression. Aux confins de l'histoire de l'art, du cinéma, de l'ethnographie, du jazz, des pensées de l'occultisme et des sciences humaines, Documents est le terrain d'une pensée radicale de transformation de l'idée même d'œuvre d’art.

Que reste-t-il de ce souffle aujourd’hui ? Pour amorcer une réponse, tous les artistes ont proposé une pièce en regard d’un des articles de la revue : une entreprise d’interprétation, voire de remise en question s’est progressivement mise en place à travers de nombreuses discussions. De plus, de janvier à juillet 2015, plusieurs d’entres eux ont été en résidence dans ces murs afin de réaliser une pièce spécifique. L’URDLA étant à la fois un espace de production et d’exposition, la question de l’atelier d’artiste et du temps de recherche a été fondamentale.

Le parcours dans lequel vous êtes invités à vous engager est un espace actif de lecture : vous pourrez y décrypter pas à pas le tissage que nous avons tenté d’opérer. Et il y a des dates qui résonnent : 1929, c’est aussi la crise, l’entre-deux guerres, la veille de l’arrivée d’Hitler au pouvoir, et la noirceur de Documents en témoigne pleinement. Nous ne pouvons faire l’économie de ce rapprochement historique dans le contexte politique qui est le notre. Car, lorsqu’une œuvre se confronte au langage des fleurs (Anne Laure Sacriste ou André S. Labarthe), à un gros orteil (Anne-Lise Broyer), à des formules alchimiques (Sandra Lorenzi), à des masques tragiques (Claire Tabouret), à des peintures primitives (Rébecca Digne), à des volutes de fumée (Charlotte Charbonnel), à des mutilations visuelles (Giulia Andreani) ou à la question de l’introspection (Joao Vilhena), il ne faudrait pas voir en ces motifs de simples métaphores qui nous détourneraient du présent. Ces œuvres sont le signe d’un ici et maintenant critique, c’est-à-dire réflexif.

C’est avec jubilation et une grande liberté que les artistes se sont emparés de Documents, en jouant des anachronismes et en produisant des étincelles. J’ai pour ma part gardé en tête à chaque instant les possibles offerts par la mise en œuvre collective, gage d’une pensée en mouvement.

Léa Bismuth